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**L’amour au milieu des préjugés**
À Douai, khouya, rencontrer une femme maghrébine, c’est plus simple qu’on le croit, surtout quand on traîne du côté de Dorignies ou Frais-Marais. Ici, les cafés sentent le thé à la menthe et les discussions filent entre deux éclats de rire, mais derrière les sourires, les tabous pèsent encore. Pourtant, la nouvelle génération, elle, n’a plus peur de briser les chaînes : les filles sortent, bossent, choisissent qui elles aiment sans demander la baraka de la famille à chaque pas. Dans les halls de La Clochette, on croise des regards complices, des histoires qui commencent malgré les vieux discours chelous. Meskina, celles qui osaient avant se cachaient ; aujourd’hui, elles s’affichent, fières, et ça change tout. À Douai, l’amour maghrébin n’est plus un secret honteux, c’est une fierté qui s’écrit au présent.
À Douai, quand le soleil tape sur les briques rouges de Dorignies, la vie s’étire doucement, entre les odeurs de pain chaud et les éclats de voix en arabe. Ici, dans ces quartiers où la France et le Maghreb se mélangent comme le thé à la menthe et le café noir, l’amour a longtemps été une affaire de silence. Mais les choses changent, khouya. Les tabous, même les plus costauds, finissent par s’effriter sous la pression de la jeunesse.
Dans les rues de Frais-Marais, je croise Samir, 28 ans, sourire timide et baskets usées. Il me raconte, la voix basse, comment il a rencontré Leïla sur Instagram. "Avant, c’était chelou de parler à une fille comme ça, surtout chez nous. Mais maintenant, on n’a plus peur. On veut vivre, pas juste survivre." Autour de nous, les mamans discutent en surveillant les petits, les papas rentrent du boulot, fatigués mais dignes. La Clochette, avec ses façades vieillies et ses terrains de foot improvisés, vibre au rythme des générations qui se croisent, parfois s’affrontent, souvent s’apprivoisent.
Pourtant, tout n’est pas simple. Les regards pèsent, les rumeurs filent plus vite que le vent du Nord. "Ma mère, elle a peur pour moi, elle dit que les gens parlent trop", confie Yasmine, 24 ans, étudiante en droit. "Mais moi, je veux choisir, je veux aimer sans avoir honte." Elle sourit, un peu meskina, mais déterminée. Les réseaux sociaux sont devenus leur terrain de jeu, leur espace de liberté. On s’y cherche, on s’y trouve, parfois on s’y perd. Mais surtout, on ose.
Dans les cafés de Dorignies, entre deux parties de dominos, les anciens hochent la tête, mi-amusés, mi-inquiets. "C’est plus comme avant", soupire l’un d’eux. Peut-être, mais il y a de la baraka dans cette jeunesse qui refuse de se cacher. Les couples se forment, se montrent, s’assument. Les filles prennent la parole, les garçons écoutent. On discute, on débat, on se dispute aussi, mais on avance.
À Douai, l’amour maghrébin n’est plus un secret honteux. Il se raconte à voix haute, dans la lumière des soirs d’été, sur les bancs des squares, dans les files d’attente des boulangeries. Ce n’est pas un conte, c’est leur quotidien.